Fleurs sauvages

Fleurs sauvages

Lauréat en 2002 du Prix de Photographie du festival de Hyères, ce livre expose une commande photographique d’Erwan Frotin pour la Villa Noailles exposée à la Villa à partir du 10 octobre 2007.

Chaque année, la Villa poursuit l’oeuvre de mécènat des Noailles. Pour cette commande, Erwann Frottin était invité à photographier l’ensemble des fleurs présentes dans la région de Hyères. Photographe de mode et plasticien, Erwan Frotin se frotte ici à un exercice de style que nombre de peintres ont travaillé dans l’histoire de l’art.

Une centaine de fleurs ont été retenues par l’artiste, chacune prises sur un fond de couleurs, omettant le contexte et sublimant la fleur uniquement.

« Juste une Fleur ». Lorsque Jean-Pierre Blanc m’a proposé de photographier toutes les fleurs de la région de Hyères, la commande m’a d’emblée parue un challenge intéressant. La difficulté de trouver une nouvelle approche était certaine dès le départ : les fleurs étant, par nature, des formes à la beauté parfaite, elles ont toujours été un sujet de prédilection pour les photographes. Mais seul un petit nombre d’entre eux ont vraiment réussi à sublimer leur beauté déjà complète.

Ayant moi-même une approche se situant entre la sculpture et la photographie, je me suis vite rendu compte qu’il me serait impossible de manipuler les fleurs pour les transformer en des formes nouvelles. Non seulement leur rareté et leur fragilité m’interdisaient une manipulation prolongée, mais leur perfection intrinsèque ne supportait aucune autre sorte de modification plastique. Elles forçaient mon intervention à être la plus minime possible. C’est donc avec humilité que je devais aborder ce travail.

Mené sur 3 ans, de 2005 à 2007, ce travail d’inventaire m’a fait découvrir des fleurs aux formes inattendues. Modestes, biscornues ou minuscules, leur nombre m’a étonné au fil des saisons. Je travaillais avec obstination pour parvenir à un inventaire exhaustif. Mais plus j’avançais, plus j’étais effrayé par leur variété, qui semblait grandir de manière exponentielle au fil de mes visites à la Villa Noailles.

Les innombrables manifestations de cette flore élargissaient à l’infini mon angle de vue. Tout comme vouloir rendre compte de toute la beauté de ces fleurs était illusoire, rendre compte de leur totalité était totalement impossible. Comment donc allais-je m’en sortir ? L’exposition présente une sélection d’un peu moins d’une centaine de ces fleurs.

Chaque fleur a été trouvée par Jean-Pierre Blanc ou moi-même sur le territoire de la commune d’Hyères. Elles ont toutes été photographiées sur un fond de couleur, omettant ainsi volontairement de décrire leur contexte.

Ce sont avant tout des trouvailles nées du hasard d’une promenade. Lorsque l’on tombe sur une fleur des champs, on a l’impression d’être le premier à la regarder vraiment. Cette impression est encore plus forte lorsque l’on ne connaît pas son nom. Le mystère de sa beauté est alors opaque.

Les noms scientifiques des fleurs présentées dans ce catalogue ont été inventés par d’autres personnes qui les ont trouvées avant moi. Ils ne sont guère prononcés que par les bouches averties, celles de botanistes aguerris qui sont trop souvent les seules personnes qui les respectent et tentent de faire perdurer leur lignée. Les autres personnes se contentent juste de dire que ce sont « des fleurs », ou pire encore : de dire que ce sont « juste des fleurs ».

Un individu sans nom n’existe pas au regard des autres. Prononcer le nom de ces fleurs en fait des trésors sans cesse renouvelés. A lui seul, l’étonnement provoqué par les syllabes aux consonances antiques nous rappelle que leurs corolles étaient là bien avant nous. On nomme les fleurs en latin et en grec car ce sont les langues de l’éternité. Une fleur est éphémère, mais la nommer, tout comme la photographier, sont des tentatives de sa rendre pérenne, en transcendant sa présence dans l’espace, et dans le temps.

Son nom, qui l’accompagne tout au long de sa vie, est censé lui apporter toute une cohorte de qualités et bienfaits. A la mort de l’individu, son nom et ses représentations photographiques sont les seuls moyens qu’ils restent à ses proches de le ramener au présent. Son nom et son image prennent alors une charge émotive plus puissante que de son vivant, car ils ont le pouvoir de faire renaître l’émotion vive du souvenir. Cet inventaire est un jardin oû se croisent des individus aujourd’hui disparus, dont il nous reste uniquement le nom, l’image, et l’espoir d’en trouver la descendance générique. Mais en croyant que cette lignée serait immortelle, on imaginerait trop facilement que le royaume des fleurs lui-même ne s’éteindrait jamais. Ce royaume dépend de nous, car son étendue est entre nos mains. Croire qu’il existe indépendamment de nous reviendrait à oublier l’importance de la responsabilité écologique que nous avons vis-à-vis.

Par, Erwan Frotin

Fleurs sauvages, de Erwan Frotin
Éditeur: Archibooks
Parution: Novembre 2007
Pages: 52
ISBN-13: 978-2915639766

 

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