Esclaves au Paradis

Esclaves au Paradis

Vents d’ailleurs, éditeur indépendant, publie depuis de nombreuses années des livres qui bousculent les idées reçues et qui contredisent les imaginaires familiers. Ouvrage après ouvrage , Jutta Hepke et Gilles Colleu combattent les représentations simplistes et font connaître des cultures et des imaginaires méconnus.

Le regard sensible que pose Céline Anaya Gautier sur le monde des coupeurs de canne haïtiens, ses photos d’une profonde humanité, accompagnées d’un texte de Jean-Marie Théodat, ont immédiatement obtenu le soutien inconditionnel de Vents d’ailleurs. L’édition de ces photos sous forme de beau livre s’impose pour atteindre un public beaucoup plus large et pour permettre une sensibilisation et une mobilisation sur la durée. Le livre est une pierre supplémentaire contre l’indiffé- rence et l’oubli. - Esclaves au paradis est accompagné d’un CD qui réunit les chants des braceros et des ambiances des bateys, enregistrés par Esteban Colomar.

Jean-Marie Théodat, conseiller scienti- fique du projet, situe d’un point de vue historique et social la situation intolérable des Haïtiens coupeurs de canne en Répu- blique Dominicaine. Des témoignages des pères Pedro Ruquoy et de Christopher Hartley accompagnent, ainsi que des textes des chants des coupeurs de canne, les photos de Céline Anaya Gautier. Les différents partenaires, Geneviève Sevrin, présidente d’Amnesty International France , Khedidja Bourcart, adjointe au maire de la Ville de Paris chargée de l’intégration et des étrangers non communautaires, Michel Christolhomme de l’association Pour Que l’Esprit Vive et Amnesty international font par t de leur implication dans ce projet.

Chaque année, des milliers d’Haïtiens fuient en République Dominicaine dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils tentent d’échapper à la misère qu’ils connaissent dans leur pays. La grande majorité d’entre eux n’ont pas de papiers et ne peuvent pas entrer légalement en République Dominicaine . Des réseaux très organisés de passeurs et de buscones (trafiquants haïtiens et dominicains) leur font miroiter des emplois illusoires et leur demandent des sommes exorbitantes pour leur faire passer la frontière.

Les buscones soudoient les fonctionnaires afin que les travailleurs migrants sans papiers puissent passer les postes de contrôle militaires mis en place pour les intercepter. Après avoir traversé la frontière , un grand nombre de ces travailleurs sont emmenés dans des bateys (baraques pour les ouvriers des plantations sucrières). Ils font ainsi partie des 30 000 ouvriers employés chaque année en tant que saisonniers dans l’industrie de la canne à sucre.

Ceux qui ne réussissent pas à trouver un emploi dans le secteur agricole tentent leur chance ailleurs, par exemple dans le bâtiment. Malgré leur emploi, de nombreux immigrés haïtiens sont expulsés en raison d’une mauvaise application de la législation sur l’immi- gration. Des Haïtiens sont régulièrement arrêtés par la police, par les services de l’immigration ou par l’armée et renvoyés massi- vement en Haïti sans que soient examinés leurs papiers ou leur situation au regard de cette législation. La discrimination fondée sur la nationalité ou la race aggrave encore ce phénomène .

Les autorités recourent en effet au profilage racial pour arrêter les immigrés sans papiers. Les jeunes hommes noirs sont les principales victimes de ces méthodes expéditives. Même lorsqu’ils possèdent un visa en cours de validité, une car te de résident permanent ou la nationalité dominicaine , ils sont renvoyés de force en Haïti car les autorités considèrent automatiquement que leurs papiers sont faux. Quand vous êtes noir, que vous ayez ou non une carte d’identité ou un certificat de naissance, ça ne change rien.

Esclaves au Paradis
Esclaves au paradis
de Céline Anaya Gautier

Esclaves au Paradis, de Celine Anaya Gautier
Éditeur: Vents d'ailleurs
Parution: Mai 2007
Pages: 156
ISBN-13: 978-2911412455

 

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