Soft Machines
Soft Machines, de Richard Dumas
Soft Machines est une série de photographies réalisées par Richard Dumas dans une usine de fabrication de poupées du sexe sur la côte ouest des États-Unis. Dans cet atelier, les corps de ces poupées attendent de finir de sécher pour être envoyées dans des boites géantes en bois chez leur destinataire. En pénétrant les secrets de fabrication de ces joujoux grandeur nature, Richard Dumas nous en montre toute l’ironie.
Sur l’une de ses photographies, quatre mannequins sans tête patientent, retenues au plafond par une chaîne autour du cou. Les jambes écartées, des gobelets en plastiques au bout des pieds, offrant leurs fessiers rebondis à notre vue, la tension est palpable dans leur posture. Pas très étonnant quand on devine les rencontres qu’elles vont faire...
Ainsi, ces pauvres filles se voient dotées d’attributs physiques défiant toute loi de la gravité. Poitrine et bouche sont volumineuses au possible...On ne peut pourtant pas parler de poupée gonflable, car celles-ci pèsent leur poids, fabriquées à partir de trois types de silicone. Les caractéristiques de ces objets sexuels sont variés (douceur, pilosité) et valent leur prix : entre 5 749 et 6000 dollars la poupée. Sans compter les frais de port, qui doublent presque si la poupée est envoyée à l’étranger.
Le journaliste Philippe Garnier explique non sans humour les conditions de fabrication de ces poupées : "Matt McMullen, l’ancien hard-rocker de 33 ans, créateur des molles et souples Real Dolls (Rolls Royce de la poupée sexe), prétend sculpter ses poupées « de tête » d’après ses vieilles lectures de Playboy, notion assez effrayante quand on le voit au milieu de son ossuaire classé X et des quartiers de femmes suspendus à leurs chaînes. Son œil fixe de boucher-surfer est encore plus froid que le leur. La réalité, quand on va la constater à l’atelier de San Marcos (Californie du sud) où se fabriquent les poupées de rêve, est nettement plus pot-au-feu. C’est la femme de McMullen qui habille les poupées en lingerie trash avant de les asseoir dans leurs coffres d’emballage en bois (genre chiottes portables). La belle-sœur, une aspirante actrice nommée Shelly Couture, s’occupe du marketing, des ventes, et du baby-sitting."
Regards vides, ongles manucurés, pilosité parfaite, bouche et sexe entrouverts, Richard Dumas nous offre des photographies fortes et crues. A chaque spectateur de réagir devant ces femmes qui n’en sont pas, et à la solitude sexuelle qui poussent les acheteurs à payer une fortune pour avoir "quelqu’un" dans leur lit qui se plie à leurs désirs...
par Mélanie Jourdan

- Soft Machines
- © Richard Dumas







































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