Notre monde 2008

Notre monde 2008

373 illustrations pour résumer une année riche en événements, voilà ce que l’agence de presse Reuters se propose de faire pour la deuxième année consécutive.

Véritable pavé, Notre Monde 2008 est divisé en chapitres correspondant aux découpage trimestriel de l’année passée. Les photographes de l’agence Reuters ont travaillé sur des sujets divers et variés, situés au quatre coins du monde. Photos chocs, photos de guerre, photos ironiques, traitant des changements climatiques, du fanatisme religieux, des conflits meurtriers ou des récompenses artistiques... Ainsi, nous suivons l’Obamamania grandissante jusqu’au soir des élections à Chicago, le Tibet en lutte, le maintien des Jeux Olympiques, la libération d’Ingrid Betancourt, la crise économique mondiale...

Certains chapitres sont plus légers que d’autres, mais le choix des photos est assez fin pour que ne se retrouvent pas face à face une actrice hollywoodienne en robe haute couture sur tapis rouge à côté d’un homme agonisant à même le sol au Congo.

Chaque trimestre est illustré d’une centaine de photographies, qui portent uniquement le lieu de la prise de vue. Toutes les dix photos, une page d’explication vient donner le contexte, la date exacte et le lieu des images, ainsi que le nom du photographe.

C’est aussi l’intérêt de la présentation du livre, qui nous laisse voir les images sans en donner immédiatement les explications, telle cette petite fille de dos courant sur une plage brésilienne, au milieu de 4000 ballons rouges. Ces jolis ballons ont en fait été lancés par des pacifistes comme symboles des victimes de violence que l’on pouvait prévoir à Rio de Janeiro pour les six derniers mois de 2008...Tout à coup, la gaieté qui transparaissait de cette image est complètement anéantie, l’ironie macabre joue son rôle et nous fait grimacer...

Sont également intercalés les témoignages de photographes ayant couvert des sujets particulièrement intéressants : violences au Kenya, victoire d’Obama, séisme en Chine... La parole est donnée aux photographes, qui ont ici l’occasion de s’exprimer sur leurs sujets et de commenter les conditions dans lesquelles ils ont pris leurs photos. C’est le cas du photographe ukrainien Gleb Garanich qui signe une photo saisissante d’un homme pleurant son frère lors d’un bombardement russe à Gori, en Géorgie.

Au troisième trimestre apparaissent les premières photographies des mines catastrophées des traders de New York. La frayeur qui se lit sur leurs visages nous rappelle que nous sommes bien loin de comprendre les subtilités de ce système basé sur l’argent. Les derniers mois de l’année s’enchaînent faillites, chutes des actions, grèves et protestations sous leurs yeux impuissants.. Sur la dernière image du livre, on voit des lettres envoyées à Dieu lui-même et à Jésus par des fidèles à Jérusalem. Dieu l’argent fini, un retour au Dieu spirituel ?

Sur les photographies qui composent Notre monde 2008, les regards sont parfois durs à supporter, tels celui d’un palestinien en deuil dans les bras d’un homme venu le réconforter, ou d’un taliban à genoux surveillé par les armes féroces des policiers afghans. Parfois plus subtiles, certaines photos nous laissent comprendre les choses par la force d’un détail. La main fébrile d’un parent venu découvrir l’insoutenable, derrière une liste de lycéens ayant succombé au séisme de Beichuan en mai 2008, est d’une force extraordinaire.

Des sentiments que l’on éprouve après avoir visionné toutes ces images, c’est une douleur d’abord, face à ces visages pleins d’amertume, de tristesse ou de peur. Mais plus encore, transparaît dans ce livre le sentiment que tout dans ce monde n’est que lutte. Lutte pour un territoire, pour une victoire, pour le pouvoir, pour la liberté, pour sa propre survie...La vie est un combat.

par Mélanie Jourdan

Notre monde 2008
Notre monde 2008
de Reuters

Notre monde 2008, de Reuters, Collecitf de photographes
Éditeur: Thames & Hudson
Parution: Avril 2009
Pages: 352 pages - 373 illustrations
ISBN-13: 978-2878113310

 

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