Les Boissonnas

Les Boissonnas

Écrivain, photographe et iconographe, Nicolas Bouvier n’a jamais caché combien l’attention qu’il portait au monde devait à ces trois métiers, chez lui fondus en un et appris sur le tas. Trois façons de saisir les choses et les êtres qui l’accompagnèrent tout au long de son existence. L’écrivain nous est connu, parce que L’Usage du monde est un livre premier et essentiel. Le photographe l’est devenu, par la grâce des clichés pris quatre saisons durant (hiver 1955 automne 1956) puis vendus à un grand journal de Tokyo, clichés pris dans le besoin car le quotidien était alors précaire. Le métier d’iconographe, il lui restera fidèle depuis ce jour où, de retour de Paris un manuscrit refusé sous le bras, il allait se donner quarante-huit heures pour trouver un gagne-pain.

Les Boissonnas, histoire d’une dynastie de photographes reflète ces activités. L’aventure débute par la rencontre de Paul, « dernier » des Boissonnas et dépositaire des archives de la famille. Leur premier échange date de 1968 : Nicolas Bouvier lui commande pour le compte d’un éditeur londonien une série de clichés. Fin des années soixante-dix, l’idée d’un ouvrage monographique prend forme. A la suite d’une entrevue avec Jean Hutter, directeur des éditions Payot Lausanne, Nicolas Bouvier lui envoie le 9 juillet 1980 un premier courrier :

Comme promis et au fil de la machine quelques-uns des caractères que nous souhaitions donner au livre sur les Boissonnas. La Dynastie Boissonnas (1864 à nos jours, quatre générations) est l’homologue citadin et cosmopolite de la Dynastie rurale des Deriaz dont l’exposition a soulevé un vif intérêt. Rat des villes et rat des champs. Cette différence est très révélatrice de la nature profonde de nos deux cantons. Un fil conducteur typographiquement distinct du reste. La saga d’une famille d’artisans puis « d’artistes », ses débuts modestes, ses problèmes, son ascension, ses succès, ses triomphes, deuils et naissances, sa polyvalence professionnelle, fêtes de famille ou fêtes d’atelier etc. Mode de vie. Famille très ouverte à la culture, à la nouveauté, voyageant beaucoup, ouvrant

J’ai passé près d’une année à déchiffrer ces grimoires déposés sur mon bureau la porte est toujours ouverte en liasses furtives et pieusement ficelées, souvent tracés d’un crayon pâli, au risque (sort promis au jeune Gorki par sa logeuse) “de me bouffer les mirettes”.

Tout en sentant ma vue baisser, j’ai mis ces souvenirs au pillage et j’ai découvert une ville la mienne qui m’était bien moins familière que Téhéran ou Kyoto.

J’ai vu ressurgir comme dans le bac du photographe les images d’un monde révolu auquel mes plus anciens souvenirs me reliaient par un fil ténu. (...) Si aujourd’hui je ne sais pas mieux où je vais, je sais désormais, grâce à cet exercice papivore, un peu mieux d’où je suis venu.

Les Boissonnas
Les Boissonnas : Histoire d’une dynastie de photographes, 1864-1983
de Nicolas Bouvier

Les Boissonnas : Histoire d’une dynastie de photographes, 1864-1983, de de Nicolas Bouvier
Éditeur: Héros-Limite
Parution: Avril 2010
Pages: 220
ISBN-13: 978-2940358519

 

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