Au crépuscule

Au crépuscule

Franck Pourcel explique que son travail photographique est « un rendez-vous des mémoires de ceux sur qui la nuit tombe ». Ses images portent un message clair : Des diptyques dévoilent des jeunes au regard qui semble chercher, chercher quelque chose, un échappatoire, un horizon les libérant des murs qui les accompagnent, constamment présents et oppressants.

Des jeunes et des murs, des murs de toutes les couleurs qui s’effacent, décrépis, des murs aux affiches déchirées, des murs qu’ils s’approprient pour s’exprimer, l’orthographe mal assurée : « le jour ce lève, et sur moi la nuit tombe. Ces murs, frontières multiples, sont la métaphore du quotidien des habitants de cet endroit figé.

Dans sa préface, Franck Pourcel nous parle de « l’en même temps », de l’entre deux. Il nous parle de la banlieue oubliée, trop éloignée du centre, suspendue et immobile, ne suivant pas le rythme des transformations de la ville, Marseille. Marseille apparaît dans l’horizon, comme un rêve inaccessible, une saveur à laquelle on ne pourrait goûter. Malheureusement, elle se situe derrière les murs, elle suscite le rêve, un rêve inaccessible. Franck Pourcel la personnifie et dit d’elle : « C’est drôle qu’une ville comme Marseille possède tant de frontières. Je la pensais plus ouverte et plus indulgente ».

Les jeunes peuvent quand même la regarder, de loin, « Au crépuscule ». Eux, ils sont confinés dans une banlieue sans arbres, sans nature. Celle-ci, à l’images des personnes photographiées ne peut s’épanouir, à cause des grillages qui l’empêchent de grandir. Ces jeunes, on les a bel et bien oubliés. Ils semblent être emprisonnés : sur chaque image, leurs visages sont entourés de cadres, par des murs, des immeubles, retenus à l’intérieur d’un miroir.

L’échappatoire se trouve au fond d’un piscine, dans un autre monde plus doux, sous l’eau, où un enfant semble sourire, le visage entouré de bulles d’oxygène. Il se trouve aussi dans le sport, dans la boxe, la danse. On ne se laisse pas aller, on prend soin de soi, symbole de dignité et de résistance.

« Au crépuscule » de Franck Pourcel est d’une dualité étonnante : D’un côté se trouvent l’espoir et l’envie. De l’autre, les murs, les frontières et la dure réalité. Chaque élan d’optimisme est coupé et détruit par le manque d’intérêt, par l’injustice. Le rêve et les couleurs sont dessinés sur un mur ;de l’herbe verte, un ciel bleu et quelques nuages. A côté du dessin se trouve la réalité qui n’est qu’une palette de gris. Le monde se découvre, mais à travers une mappemonde. Un diptyque dévoile un oiseau en couleurs et à côté un enfant, oiseau lui aussi mais en noir et blanc, entre des murs.

Franck Pourcel est l’auteur de plusieurs livres de photographies :

Au crépuscule Stèles de Camargue, Parenthèses, 2003 ;

- Néoruraux, vivre autrement, Le Bec en l’air, 2004 ;

- La Petite Mer des oubliés, Le Bec en l’air, 2005 ;

- Vous qui tuez le temps Le Bec en l’air, 2006.

par Alexandra Calame

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Au crépuscule
de Franck Pourcel

Au crépuscule, de Franck Pourcel
Éditeur: Le Bec en l'air
Parution: Mars 2009
Pages: 96
ISBN-13: 978-2916073446

 

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