Henri Huet

Henri Huet

Trente ans après l’entrée dans Saigon des tanks nord-vietnamiens, qui mettait fin à la guerre du Vietnam, un groupe de soixante journalistes grisonnants se tenait sous un soleil de plomb devant la cathédrale Notre-Dame (Nha Tho Duc Ba) pour rendre hommage à leurs amis et collègues morts ou disparus.

Deux anciens correspondants de guerre commencèrent à lire les noms de ces amis qui les avaient laissés vieillir sans eux. Chaque nom qui résonnait - entre autres ceux des photographes Larry Burrows, Dickey Chapelle, Gilles Caron, Michel Laurent, Dana Stone, Kent Potter, Kyoishi Sawada - faisait surgir des images de rencontres et de discussions ou le souvenir diffus du jour de leur mort... Certains faisaient remonter de ma mémoire les photos prises par ces compagnons disparus, régulièrement republiées pour certaines.

Quand le nom d’Henri Huet fut prononcé, mes pensées se détachèrent du passé. Et si Henri était vivant aujourd’hui ? Ferait-il partie de notre petit groupe ? Se sentirait-il toujours chez lui à Hô Chi Minh-Ville, où le Saigon provincial de sa jeunesse avait été remplacé par le béton, le verre et l’acier des buildings, où la guerre qu’il photographiait si bien était devenue une attraction touristique, où la génération d’après-guerre surfait sur Internet ? Tous ceux qui se tenaient, tête nue, sous la statue de Notre-Dame, savaient qui était Henri Huet et avaient leurs propres souvenirs de lui. C’est en 1964 que j’avais remarqué Henri pour la première fois alors que nous photographions tous deux les manifestations bouddhistes contre le gouvernement sud-vietnamien. Je travaillais pour Associated Press et lui pour notre concurrent principal, UPI. Moins d’un an plus tard, Eddie Adams, photographe d’AP, l’avait convaincu de nous rejoindre.

1965 avait été une année terrible pour AP. Nous avions perdu deux photographes : le talentueux et courageux Huynh Thanh My et Bernard Kolenberg. Aussi l’agence avait-elle besoin d’Henri pour photographier la guerre au jour le jour. Et c’est ce qu’il fit pendant six ans. Des années plus tard, j’ai pu dire qu’Henri « allait à la guerre comme on va au bureau, au moins cinq jours par semaine, et cela chaque semaine ».

Comme en témoignent tous ceux qui ont participé à ce livre, Henri était charmant, intelligent, soucieux de rendre compte de cette guerre qui meurtrissait son pays, le Vietnam.

Henri Huet
Henri Huet
Photo Poche : Henri Huet

Photo Poche : Henri Huet
Éditeur: Actes Sud
Parution: Avril 2014
Pages: 144
ISBN-13: 978-2330024178

 

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