Les plages d’histoires

Les plages d'histoires

Mardi 6 juin 1944, à l’heure d’une marée basse, les rivages de Normandie sont noirs de bateaux et d’un rouge-sang de soldats tués au combat. Terribles jours à Omaha, Utah, Sword, Gold et Juno, les cinq plages d’un littoral combattant. Soixante-dix ans plus tard, des centaines de milliers de visiteurs en découvrent, émus, les cicatrices. Sur terre et sur mer, les virgules de béton que sont les blockhaus ponctuent les jours ordinaires des gens d’ici.

L’objectif d’Olivier Mériel est bien de saisir des instants d’aujourd’hui, teintés d’une tonalité d’hier, armé de sa chambre photographique. Appuyées par des textes courts de Jean-Jacques Lerosier, grand reporter à Ouest-France, la cinquantaine d’images noir et blanc d’Olivier Mériel donnent à voir comment s’est opérée la métamorphose des lieux, comment les paysages ont digéré le long et douloureux feuilleton de la Bataille de Normandie, quelles traces a laissé l’Histoire. Une photo, un texte, chaque page raconte une petite histoire de cette grande histoire.

Extrait

« Ce n’étaient pas des guerriers. C’étaient de jeunes Américains qui, par un accident du destin, avaient échoué ici avec un fusil dans les mains. Ils remontaient une rue sinistre dans une ville étrange, à demi détruite, dans un pays lointain, sous une pluie accablante. » La ville ? Cherbourg ! L’auteur de ces lignes ? Ernie Pyle, reporter de guerre américain accompagné du photographe Robert Capa. Les deux hommes sont aux premiers rangs de la bataille stratégique pour libérer Cherbourg. La prise du port en eau profonde du Cotentin est indispensable pour accueillir les liberty-ships américains afin de débarquer hommes et matériel. Du 19 au 22 juin 1944, une terrible tempête a détruit en partie le port artificiel au large d’Omaha Beach, sur la côte du Calvados. Libérer Cherbourg urge, alors qu’Hitler a donné l’ordre de « tenir Cherbourg jusqu’à la dernière goutte de sang, tout au moins de détruire le port ». L’amiral Hennecke assume parfaitement la mission : soixante-sept bateaux sont coulés. Le 26 juin 1944, Cherbourg libérée provoque une grosse colère d’Hitler. Le lendemain, les premières équipes américaines arrivent. Elles vont reconstruire le port du Cotentin en un temps record. La ville est en fête, les soldats aussi. Ils rêvent de boire. Dans ses mémoires "Histoire d’un soldat", Omar Nelson Bradley, le général américain, raconte un épisode inattendu : « Pour les GI’s, la valeur stratégique de Cherbourg fut bientôt éclipsée parla richesse de ses caves. Les forces de von Schlieben, prévoyantes, avaient stocké des réserves dans leurs abris souterrains. Résultat : nous héritâmes non seulement d’un port transatlantique mais d’une énorme cave bien remplie. Ma part du trésor consista en une demi-caisse de Champagne que Collins m’envoya et que je gardais, de retour au pays, jusqu’au baptême de mon petit-fils. » Jusqu’à la fin septembre 1945, le port de Cherbourg a vu passer près de 4,5 millions de tonnes de matériel, 1 468 locomotives, 23 057 wagons...

Les plages d'histoires
Les plages d’histoires
de Jean-Jacques Lerosier, Olivier Meriel

Les plages d’histoires, de Jean-Jacques Lerosier, Olivier Meriel
Éditeur: Au Fil du temps
Parution: Mai 2014
Pages: 120
ISBN-13: 978-2918298489

 

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