L’oeil invisible

L'oeil invisible

L’Oeil invisible est le premier ouvrage de référence consacré à l’extraordinaire collection de photographies de l’Américain William M. Hunt. C’est en 2005, aux Rencontres de la photographie d’Arles, que le public français découvre avec étonnement et fascination une sélection de cette collection unique au monde, entamée il y a plus de trente ans par cet ancien acteur new-yorkais passionné d’art et de photographie.

« Ce livre présente un choix d’images que je dirais magiques, saisissantes, de personnages aux yeux diversement occultés, voilés, cachés, détournés ou fermés ; des personnages dont on ne voit pas le regard » annonce Hunt dans son avant-propos, précisantdans les commentaires qu’il a rédigés pour chacune des images présentées : « avec la présente collection, vous, le spectateur, n’aurez aucun accès à la vérité du regard, ce soi-disant miroir de l’âme. Ici le photographe ne capte nullement l’essence du sujet à travers ses yeux : paradoxalement, c’est l ’absence du regard qui incite votre imagination à compléter ce qui manque.

A vous de finir le portrait. » Cette quête singulière, William M. Hunt la déploie à travers tous les champs de la pho-ographie et dans toute l’étendue de son histoire. On y retrouve les grands maîtres Nadar, les Frères Alinari, Julia Margaret Cameron, Disderi, Edward Weston, Man Ray, André Kertész, Bill Brandt, Richard Avedon, Diane Arbus, Irving Penn, Robert Mapplethorpe ou Henri Cartier-Bresson et aussi Cindy Shermann, Adam Fuss, Philip-Lorca diCorcia, Gary Schneider, Gerald Slota, Duane Michals ou Philippe Pache comme une quantité d’anonymes ou d’artistes peu connus ; les tirages de haute facture côtoient de modestes clichés ou documents rares ou insolites.

Sorte de catalogue de l’antiportrait, L’Oeil invisible déploie au fil des choix et des commentaires du collectionneur une poétique particulière qui interroge et trouble les fondements de notre relation à la photographie. « L’ensemble rassemblé par Hunt défie l’ordre raisonné du critique et de l’historien, attachés à leurs genres nettement définis etcadrés » souligne William A. Ewing, ancien directeur du musée de l’Elysée à Lausanne et historien de la représentation du corps et du visage, dans l’introduction analytique qu’il propose à ce qu’on serait tenté de définir comme une « œuvre » plutôt que comme une collection, fût-elle particulière…

Au-delà de la beauté et de la singularité des photographies réunies par le collectionneur, se révèle la sincérité étonnante d’une démarche guidée par une forme subtile d’humanisme et de pudeur. « Je prétends que toute photographie est fondamentalement indéchiffrable.

La nature apparemment figurative de cet art est trompeuse : nous n’y trouvons aucune vraie vérité… Chaque photographie de ce volume est une métaphore. C’estcomme l’idée que vous êtes chaque personnage de vos rêves.

Il n’y a peut-être pas d’yeux dans cette collection, mais il y est beaucoup question de voir : de ce que c’est que voir , mais aussi de ce que c’est qu’être vu » conclut Hunt, qui nous incite d’une manière rare et généreuse à renouveler notre façon de voir .

L'oeil invisible
L’oeil invisible
de W.M Hunt, William A. Ewing

L’oeil invisible, de W.M Hunt, William A. Ewing
Éditeur: Actes Sud
Parution: Septembre 2011
Pages: 320
ISBN-13: 978-2742798872

 

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