16 septembre 2011 - Accueil du site » Expositions photos »

Go de nuit Abidjan, les belles oubliées

Go de nuit Abidjan, les belles oubliées

La Maison des métallos une exposition d’Eliane de Latour. Des jeunes femmes se vendent dans la ville d’Abidjan où les clients savent qu’ils vont trouver des fraîchenies, des fraîches de 14 à 25 ans. Venues massivement du nord après la guerre en 2002, ces go pratiquent une prostitution de survie. Oubliées des politiques d’aide au développement, elles vivent dans l’angle mort du monde.

Eliane de Latour a saisi ces jeunes femmes sur le vif, dans leur environnement. Son travail s’est essentiellement centrée sur des portraits posés, le jour, la nuit. à la recherche de leur subjectivité dans ces lieux fracassés. Dans un parcours scénographié, l’exposition dévoile une jeunesse sans-filet, massacrée. Révélant ces belles oubliées, Eliane de Latour signe un fascinant geste d’anthropologie engagée.

« La photo, arrivée par hasard, a été le moyen pour moi de pénétrer dans ces lieux traversés par les drogues dures et la violence. Je ne revenais jamais sans les tirages sur papier qu’elles s’arrachaient. Convaincues d’être la lie de l’humanité, elles se sont soudain trouvées belles dans ce reflet. Elles ont envoyé ces portraits à leurs parents, les ont utilisés pour leurs funérailles, gardés pour que leurs bébés n’aient pas une mauvaise image d’elles plus tard… » par Eliane de Latour.

Un parcours sténographié dans le quotidien des Go. A travers un parcours scénographié par Mélanie Cheula, le visiteur découvre le quotidien des Go : les hôtels de passe, leurs gars, le jour, la nuit... Des textes, une ambiance sonore (imaginée par éric Thomas) permettent de mieux appréhender la réalité d’une population marginalisée. L’ensemble des clichés fait la part belle aux portraits posés.

Le comité de parrain age de l’exposition

  • Tiken Jah Fakoly
  • Jane Evelyn Atwood
  • Laure Adler
  • Christian Boltanski
  • Stéphane Hessel
  • Jean-Christophe Rufin
  • Jean Gaumy

Partenaires de l’exposition

  • La Fondation de France,
  • Le BICE (Bureau International d’Aide Catholique de l’Enfance),
  • La Fondation VersElles sous égide de la Fondation Caritas.
Go de nuit Abidjan, les belles oubliées
Go de nuit Abidjan, les belles oubliées
© Eliane de Latour

Portraits de jour

Mes premiers pas dans ce milieu ont curieusement commencé par la photo. Persuadée que j’allais me faire écharper, j’ai quand même sorti mon appareil devant une fille dont l’attitude m’attirait. Je lui ai dit : « je te trouve jolie, est ce que je peux te prendre en photo ? Je te la donnerai après ». Elle m’a répondu par un sourire en regardant droit dans l’objectif. J’ai compris qu’elle se mettait en scène. Je me suis approchée. Elle s’appelle Nafissa. La photo est devenue un mode d’échange entre elles et moi. Je ne revenais jamais sans les tirages sur papier dans ces lieux difficiles d’accès. Les macs à leur tour ont eu envie de passer devant mon objectif. Je les prenais toujours collectivement, comme ils se tenaient quotidiennement sur ces lieux. Avec elles, j’ai au contraire réalisé des portraits individuels, posés. Le jour. La nuit. Les photos se sont mises à circuler socialement alors que, précisément, leur image les enferme. Elles ont envoyé ces portraits à leurs parents, les ont utilisés pour leurs funérailles, gardés pour leurs enfants plus tard etc. Convaincues d’être la lie de l’humanité, elles se sont soudain trouvées belles dans ces portraits sans masque, devant un objectif qui leur donnait confiance. Le jour, j’ai saisi des moments de subjectivité où la beauté se mêle à une lueur ténébreuse, indicible, née d’une enfance du mauvais côté de la vie. par Eliane de Latour

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Go de nuit Abidjan, les belles oubliées
© Eliane de Latour

Portraits de nuit

La nuit, entre les moments de racolage. L’attente interminable. La solitude. La peur de rentrer sans argent. La hantise de tomber sur un fou. Ces jeunes femmes de la nuit ne sont que réaction à l’instant. Les prostituées expérimentées ne veulent pas de ces « zinzins » à côté d’elles. Elles sortent des lames pour attaquer ou se défendre. Elles arnaquent les clients ce qui « gâte le job ». Elles acceptent « un sans capote » pour quelques billets de plus. Entre les tarifs affichés et les sommes reçues se trouve la détresse sans mesure. Elles encaissent l’argent, elles encaissent les blessures. Une fois le jour levé, tout finit par un sommeil épais qui couvre la désillusion. par Eliane de Latour

Autour de l’exposition Le temps de l’exposition Go de nuit, la Maison des métallos offre un parcours dans l’oeuvre filmée d’Eliane de Latour. En cinq films, l’occasion de mieux saisir la richesse et la cohérence d’une démarche mêlant un travail d’auteur et la rigueur de la recherche. Chaque projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.

Rencontre le 3 décembre à 19H00 avec Jane Evelyn Atwood et Jean Gaumy

 

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