Visa pour l’Image 2014

Visa pour l'Image 2014

CEUX DU NORD

Il y a quarante ans, la guerre du Vietnam se terminait. L’une des guerres les plus médiatisées. Nous gardons en mémoire les images emblématiques de Larry Burrows, Don McCullin, Philip Jones Griffiths, Gilles Caron, Horst Faas, Henri Huet… ces photojournalistes qui ont couvert le conflit côté américain, « ceux du Sud ». Cependant, nous connaissons peu le travail de ceux qui ont couvert le conflit sous les bombes des B52, ces soldats vietnamiens devenus photographes, « ceux du Nord ». Sur une idée et grâce à l’aide de Patrick Chauvel, nous avons rencontré Doan Công Tinh, Chu Chi Thành, Maï Nam et Hua Kiem qui ont accepté notre invitation à Perpignan.

AMATEURS ON THE SPOT

Les amateurs ont-ils entamé le rêve du photoreporter en réalisant l’impossible image ? Être là, au bon endroit, au bon moment, c’est ce qui a toujours animé les photoreporters. Le rêve de faire l’image unique, la première image d’un événement, celle qui impressionnerait les consciences, et de la transmettre au monde entier. Jusqu’en 2001, les photoreporters et la presse étaient unis par ce paradigme. Mais depuis, 6 milliards d’individus se sont équipés d’appareil de prise de vue et se sont connectés aux réseaux sociaux. Où que se passe un événement sur la planète, il y aura dorénavant toujours un témoin susceptible de réaliser « la première image » et de la transmettre. Le tsunami de Banda Aceh, les attentats de Londres, Abu Ghraib, la révolution iranienne, les printemps arabes, la mort de Kadhafi et plus récemment la guerre en Syrie, ce sont des images amateurs qui, les premières, ont impressionné nos consciences.

BRUNO AMSELLEM / Signatures

Visa pour l'Image 2014

ROHINGYAS, UNE MINORITÉ SANS VOIX En Birmanie, depuis juin 2012, les Rohingyas sont victimes d’exactions meurtrières perpétrées par les populations locales sous l’oeil complice du pouvoir en place. Cette minorité musulmane, déclarée apatride par les autorités birmanes depuis 1982, est selon l’ONU l’une des plus persécutées de la planète. Au cours de ces deux dernières années, des dignitaires bouddhistes ont multiplié les appels à la haine. Des villages entiers ont été incendiés et rasés dans l’Arakan, au nord-ouest de la Birmanie. Ces vagues de violences qui ont causé la mort de centaines de personnes ont aussi gagné le centre du pays. Aujourd’hui, plus de 140 000 Rohingyas vivent dans des camps de déplacés aux environs de Sittwe, la capitale de l’Arakan, privés de soins et de liberté de circulation. Bruno Amsellem s’est rendu dans ces camps, où la présence d’étrangers et de travailleurs humanitaires est sévèrement restreinte par les autorités.

MARY F. CALVERT / Zuma Press / Prix Canon de la Femme Photojournaliste 2013 décerné par l’AFJ

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UNE LUTTE PASSÉE SOUS SILENCE : LES AGRESSIONS SEXUELLES DANS L’ARMÉE AMÉRICAINE Aux États-Unis, le nombre de femmes soldats violées ou agressées sexuellement par leurs collègues atteint des niveaux sans précédent. On estime à 26 000 le nombre de viols et d’abus sexuels pour l’année dernière, alors que seulement une victime sur sept signale l’agression et qu’un cas sur dix fait l’objet d’un procès. Ces agissements sont en effet considérés comme un simple écart de conduite, non comme un acte criminel, et beaucoup de victimes craignent les représailles. Le « traumatisme sexuel militaire » peut entraîner la dépression, la toxicomanie, la paranoïa et un sentiment d’isolement. Certaines victimes se retrouvent sans abri, souffrent de dépendance et peuvent aller jusqu’à se suicider.

WILLIAM DANIELS / Panos Pictures / National Geographic Magazine

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LE TRAIN DES OUBLIÉS « Magistral », gigantesque et totalement insensé. Plus cher projet de l’ère soviétique, la ligne ferroviaire Baïkal-Amour Magistrale traverse l’Extrême-Orient russe sur plus de 4 000 kilomètres. Elle relie des villages oubliés, coupés du monde, où tout fait défaut, et en premier lieu les structures sanitaires. Le long de la BAM, il ne fait pas bon tomber malade quand un hôpital se trouve parfois à plus d’une journée de voyage. Alors les autorités ont mis en place un train médical qui s’arrête dans presque chaque village de la ligne, une à deux fois par an, et que les habitants attendent comme le messie. Pour eux, le « Matvei Mudrov » est bien plus qu’une clinique ambulante, c’est le dernier lien qu’ils ont avec le reste de la Russie, cette Russie occidentale qui s’est tant développée ces dix dernières années. Mais sans eux.

CHRIS HONDROS / Getty Images

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TÉMOIGNAGE Le 20 avril 2011, Chris Hondros a été tué en Libye, en même temps que Tim Hetherington. Chris faisait partie de ces photographes dont le travail était présenté très régulièrement à Perpignan. Il n’avait cependant jamais eu d’exposition, tant nous étions sûrs qu’il ferait encore mieux l’année suivante… Trois ans après sa disparition, ses proches ont publié un recueil de ses meilleures images, Testament. Travaillant dans les endroits les plus difficiles et les plus dangereux du monde, Chris Hondros savait saisir les peines des peuples en proie à des conflits lointains et parfois obscurs. Sans distinction de culture ou de croyance, il voulait faire connaître leurs défis au reste du monde dans l’espoir de provoquer la réflexion, la sensibilisation et la compréhension.

YUNGHI KIM / Contact Press Images

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LE LONG CHEMINEMENT DE L’AFRIQUE : DE LA FAMINE À LA RÉCONCILIATION, 1992-1996 Le travail de Yunghi Kim se caractérise par sa proximité avec le sujet et son aptitude à déceler une lueur d’humanité et d’intimité même dans les moments les plus sombres. Ces quatre années de travail intense en Afrique constituent une étape décisive dans la vie de Yunghi. Alors qu’elle était photographe à la rédaction du Boston Globe, elle a été prise en otage en Somalie. Quelques jours seulement après sa libération, elle a trouvé le courage de repartir pour terminer son reportage. Témoin du meilleur comme du pire, elle a néanmoins toujours su voir la beauté de l’Afrique et du peuple africain. C’est une belle leçon d’humilité de se repencher sur ces clichés vingt ans plus tard.

OLIVIER LABAN-MATTEI / The Mongolian Project / MYOP

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MONGOLIE, L’ELDORADO N’EXISTE PAS Il convient désormais de casser le mythe du nouvel eldorado mongol.Non, définitivement, la Mongolie n’est pas cette terre bénie des dieux annoncée comme providentielle par les médias du monde entier, cette terre promise pour quiconque voudrait y chercher fortune. Au contraire. L’exploitation intensive des grandes richesses du sous-sol contribue fortement à l’augmentation exponentielle des inégalités sociales et entraîne de graves conséquences environnementales et sanitaires dont les premières victimes sont les Mongols eux-mêmes. Les maladies liées à la pollution de l’air, de l’eau et des sols ainsi qu’à l’insalubrité prolifèrent à un rythme effrayant, dans le plus grand déni des autorités qui s’acharnent à donner une image lissée et paradisiaque de leur pays pour attirer toujours plus d’investisseurs étrangers.

SEBASTIÁN LISTE / Reportage by Getty Images pour Time Magazine et Fotopres Grant

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DE L’AUTRE CÔTÉ DU MUR D’ENCEINTE : UNE PRISON DU VENEZUELA AUX MAINS DES DÉTENUS Vista Hermosa est l’une des prisons les plus connues du Venezuela. Dans ce pays gangrené par la violence, les prisons comptent de plus en plus de détenus et les accrochages avec les surveillants deviennent fréquents. Face à l’inaction des autorités, la situation s’est gravement détériorée et le chaos ne semble plus très loin. À l’extérieur de l’enceinte, les patrouilles de la Garde nationale ; à l’intérieur, des détenus qui vivent et meurent dans ce monde à part qu’ils ont créé.

ANJA NIEDRINGHAUS / Associated Press

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HOMMAGE Anja Niedringhaus était l’une des photojournalistes les plus courageuses, douées et qualifiées de sa génération. Elle a été tuée par un policier afghan le 4 avril 2014. Un acte insensé qui prive le monde d’une personne extraordinaire qui n’avait pas son pareil pour raconter une histoire avec un appareil photo. Son regard et son esprit ouverts ainsi que la compassion envers ceux qu’elle photographiait se reflètent dans ses clichés. L’enthousiasme et la bonne humeur d’Anja étaient contagieux, même dans les moments les plus sombres. Elle était toujours partante pour les reportages les plus difficiles et faisait preuve, à chaque fois, d’une ténacité à toute épreuve. Pour elle, témoigner était un véritable devoir.

KLAUS NIGGE / National Geographic Creative pour National Geographic Magazine

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LE PYGARGUE À TÊTE BLANCHE DANS LES ÎLES ALÉOUTIENNES Devenu l’emblème des États-Unis, le pygargue à tête blanche est entouré d’une aura de grandeur et de majesté. Mais cet oiseau doit aussi faire face aux éléments, chasser et se battre, comme tous les aigles. Les îles Aléoutiennes, où règnent la pluie et le mauvais temps, abritent une grande population de pygargues à tête blanche. Klaus Nigge s’est rendu sur l’île d’Unalaska : à Dutch Harbor, le plus grand port de pêche des États-Unis, les aigles, peu farouches et habitués à la présence de l’homme, offrent au photographe des perspectives nouvelles.

ANNE REARICK / Agence VU’

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AFRIQUE DU SUD – CHRONIQUES D’UN TOWNSHIP Au cours des dix dernières années, Anne Rearick a documenté la vie dans les banlieues à majorité noire du Cap. D’une grande sensibilité, ses photographies (réalisées avec un appareil argentique moyen format) saisissent l’esprit de ces Sud-Africains qui, malgré une violence endémique, une profonde détresse économique et un racisme toujours aussi vivace, ont su garder toute leur dignité, leur espoir et leur courage. Dans les salles de classe bondées ou les services d’urgence d’un hôpital public manquant de financement, dans les églises ou encore chez les habitants, Anne Rearick nous dépeint les enjeux de cette nouvelle démocratie sud-africaine fragilisée par les tensions politiques, l’instabilité économique et la montée du mécontentement social.

SEAN SUTTON / MAG / Panos Pictures

L’OEIL DU CYCLONE Le typhon Haiyan a frappé les Philippines le 8 novembre 2013, faisant plus de 6 000 morts. Avec des vents soufflant à 315 km/h, le typhon, baptisé localement Yolanda, est le plus puissant à avoir jamais touché les côtes. La ville de Tacloban, sur l’île de Leyte, en pleine trajectoire du typhon, a été ravagée par les vents et les vagues de 5 à 8 mètres de haut. Des milliers de personnes ont perdu leur maison et ont dû être déplacées. Le typhon laisse derrière lui des paysages apocalyptiques, témoins de l’incroyable puissance de la nature.

PIERRE TERDJMAN

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CENTRAFRIQUE Depuis leur prise de pouvoir en mars 2013, les milices de la Seleka ont été responsables de violations massives des droits de l’homme. Ils ont massacré, violé, torturé, exécuté, et incendié des centaines de villages. Près d’un cinquième de la population a dû fuir et vit dans des conditions désastreuses dans des camps de déplacés ou dans la brousse. En septembre, les milices anti-balaka (principalement chrétiennes) ont entamé des représailles contre la communauté musulmane. Massacres, exécutions sommaires, pillages : la violence a changé de camp. Craignant ces atrocités, les musulmans ont fui vers des villes du nord-ouest comme Bossangoa et Bouca, majoritairement musulmanes de longue date. Des quelque 100 000 musulmans qui vivaient à Bangui, il en reste à peine un millier, le reste ayant fui vers les pays voisins. À moins d’un retournement de plus en plus improbable, la rupture pourrait être irréversible… Exposition produite par Paris Match.

GAËL TURINE / Agence VU’

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LE MUR ET LA PEUR En 1993, l’Inde entame la construction d’un mur de séparation de 3 200 km avec son voisin bangladais. Les raisons officielles avancées par l’Inde pour justifier l’érection de ce mur sont la protection contre l’infiltration de terroristes islamistes et l’immigration bangladaise. Le nombre d’arrestations, de victimes d’actes de torture et de morts en fait la frontière la plus dangereuse du monde. La quasi-totalité de ces victimes sont des Bangladais qui cherchent à passer illégalement de l’autre côté du mur pour des raisons économiques, familiales, sanitaires ou environnementales, car leur pays souffre de tous les maux.

MICHAËL ZUMSTEIN / Agence VU’ pour Le Monde

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DE TERREUR ET DE LARMES. CENTRAFRIQUE. En mars 2013, la Seleka, mouvement rebelle à majorité musulmane, prend le pouvoir à Bangui et fait tomber le régime corrompu de François Bozizé. Pendant des semaines, les militaires du nouveau président au pouvoir Michel Djotodia font régner la terreur en pillant et en commettant de nombreuses exactions contre les populations chrétiennes. À partir de septembre 2013, Michaël Zumstein se rend à plusieurs reprises en Centrafrique. Il est témoin des violences contre les civils chrétiens. Puis, lorsque le rapport de force s’inverse et que les anti-balaka, milices chrétiennes d’autodéfense, forcent la population musulmane à l’exode, il photographie un déchaînement de violence sans précédent que rien ne semble pouvoir enrayer depuis.

AU PROGRAMME DE CETTE ÉDITION 2014

  1. L’ACTUALITÉ DE L’ANNÉE SUR TOUS LES CONTINENTS : guerres, crises, politique, insolite, sport, culture, science, environnement…
  2. 1914 : les 100 ans de la Première Guerre mondiale ou Grande Guerre
  3. Rétrospective NELSON MANDELA
  4. LOU REED : du Velvet Underground jusqu’à sa disparition en 2013
  5. 20 ANS APRÈS LA GUERRE DE TCHÉTCHÉNIE, constat sur la
  6. Tchétchénie d’aujourd’hui.
  7. 20 ANS APRÈS LA RÉVOLTE AU CHIAPAS, que sont devenus les « zapatistes » aujourd’hui ?
  8. KALACHNIKOV : comment son invention a bouleversé le monde des combattants et des terroristes…
  9. Et aussi : Ukraine, Centrafique, Pakistan, Inde, Chine, Japon, Brésil, Colombie, Venezuela, Israël, Iran…
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26e Festival International du Photojournalisme Visa pour l’Image
Visa pour l’Image 2014

 

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