Capitolio

Capitolio

On a déjà parlé de « CAPITOLIO » le livre de Christopher Anderson dans notre rubrique livres photo en anglais, on ne parle encore parce que l’éditeur Images En Manoeuvres publié la version pour le marché français et pour la beauté des images de Christopher Anderson.

Ce livre magnifique est “au sommet de l’art et de la photographie documentaire”.

“Mon grand problème avec la photographie d’aujourd’hui, surtout dans le domaine de l’art, est qu’on n’y trouve pas d’expérience du monde réel. C’est une photographie froide, cynique, distante et plus maline que tout le reste mais elle n’a pas la moindre idée de ce qu’elle raconte. J’aborde la question de la Terre (ou plus précisément la relation de l’Homme à la Terre) en examinant comment la consommation des pays développés crée les conditions d’une nouvelle destruction de la terre des pays en voie de développement, particulièrement en Amérique Latine. J’examine surtout comment cette relation fomente la pauvreté, la violence et l’agitation politique.” par Christopher Anderson

La plupart des étrangers à la recherche de tranquillité ne choisissent pas Caracas. Mais les photographes de presse ont une idée du calme souvent déformée. Lorsque Christopher Anderson a décidé, il y a quelques années, d’arrêter de photographier les zones de confl it du Moyen Orient, il s’est rendu directement au Venezuela.

C’était en mars 2004, le pays allait voter par référendum le maintien au pouvoir du président Hugo Chavez et la criminalité fortement en hausse valait à Caracas, le titre de “capitale mondiale du meurtre”.

“Je me suis dit, allons voir ce qui s’y passe. Puis, j’ai été comme aspiré par le lieu,” se souvient Anderson. Ses saisissantes photos noir et blanc abordent plusieurs aspects de la vie du capitolio ; échanges de tirs comme dans un fi lm violent entre policiers ivres à moto et gangs de rue, bidonvilles brûlant de sexe et de violence, et bien sur, supporters et détracteurs de Chavez. Même pour un photographe de confl it chevronné, Caracas est un endroit diffi cile à photographier, dit-il.

Tout d’abord, le gouvernement l’a bien accueilli, puis la vie est devenue plus compliquée. Il a été arrêté plusieurs fois, les gens le suspectaient constamment.

“Au Venezuela, l’appareil photo est une arme, d’un côté comme de l’autre, que vous soyez pour ou contre Chavez, se souvient-il. Il s’est mis à utiliser un Contax T3, un petit appareil photo compact qui, précise-t-il, allait parfaitement dans son sac banane, ainsi personne ne pouvait soupçonner qu’il était un grand photographe de l’agence Magnum. (Note : le Picture Show autorise l’utilisation du sac banane en cas de situations extrêmes.) De façon générale, il n’a pas accepté de contrat durant cette période, parce qu’il ne voulait pas être contrôlé.”

Il voulait que l’expérience se déroule sans plan prédéterminé. Entre les rassemblements et les champs pétrolifères, il semble avoir trouvé quelques moments de tranquillité : un refl et évanescent à une fenêtre, un chien sortant de l’ombre, la brume fl ottant au-dessus de minuscules maisons. Dans le livre, ces moments de paix sont souvent juxtaposés à des images plus discordantes, un rappel des contradictions inhérentes à Chavez Land.

Capitolio
Capitolio
de Christopher Anderson

Interview de Christopher Anderson Leslie Deere, The Glass magazine Traduction : Brigitte Germain

“Dans mon livre « Capitolio » je voulais saisir le moment et le lieu(le Venezuela durant la révolution Chavez) comme quelqu’un qui passe en voiture, la nuit, hors de tout contexte réel. Je voulais en saisir l’odeur et le goût. Et les montrer comme des images d’un film arrachées du grand écran pour être entassées dans les pages d’un livre. Mais je ne voulais pas faire un livre de photographie.”

“J’ai choisi le noir et blanc pour plusieurs raisons.Principalement à cause du langage visuel de la propagande et de la révolution. Le noir et blanc contribue à donner au livre le sentiment d’un mouvement en avant et de continuité, comme dans un film. Je ne veux pas que le spectateur soit arrêté par une image et que cette expérience cinématographique que soit cassée. Photographier en couleur est également un médium très spécifique. Mais ce sujet avait beaucoup Trop de couleurs. Il fallait s’en débarrasser. Sinon, cela risquait d’être sur la couleur.”

“Vous avez photographié des immigrants haïtiens qui tentaient de faire route vers les États-Unis. Cela s’est avéré être un jalon important de votre carrière. Pourriez-vous nous parler de l’importance de cette mission au regard de votre travail d’aujourd’hui ?”

“Eh bien, cette expérience a été assez traumatisante.Je n’aurais pas dû y survivre et je pensais que personne ne verrait les photos que j’avais prises. Je me suis demandé plus tard pourquoi je l’avais fait et j’ai compris que la photographie me servait à comprendre le monde, à me l’expliquer plutôt que de tenter de l’expliquer aux autres. Cela a renforcé une certaine curiosité envers l’existence humaine au niveau le plus basique. J’ai décidé de faire des photos eye level*, de façon expérimentale. C’est peut-être interprété à tort comme aventureux mais je considère ça plutôt comme une quête d’expérience. Je pense que l’expérience donne de la crédibilité à mes photos.” *eye-level : photo réalisée au niveau des yeux du sujet photographié

Un extrait de son livre est sélectionné pour le premier prix international de photographie pour l’environnement. Le prix Pictet, sera attribué par Kofi Annan le 22 octobre au passage de Retz à Paris. Sponsorisé par la banque suisse privée Pictet & Cie, ce prix est le premier du genre à porter sur la photographie et le développement durable. Le sujet, cette année, est la Terre.

Capitolio, de Christopher Anderson
Éditeur: Images En Manoeuvres
Parution: Octobre 2009
Pages: 238 - 85 photographies en bichromie
ISBN-13: 978-2849951507

 

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