Viva o Brasil !
Viva o Brasil ! de Xavier Roy, Sébastien Roy
« Dans ce pays multiple et paradoxal combien de Brésils pour faire un Brésil ?, se demande le chanteur Lenine pays tout à la fois d’une violence extrême et d’une extrême douceur, Xavier Roy a choisi son Brésil.
Ce n’est pas celui du crime, des injustices, ni de la misère. S’il est parfois dénudé, voire même aride, ce n’est jamais un Brésil désespéré. Sous le regard du photographe, c’est un Brésil d’une infinie tendresse qui apparaît.
Mais cette tendresse qu’on lit sur les visages, elle est avant tout dans l’oeil du photographe. Xavier Roy aime ceux qu’il regarde et, en retour, ils lui offrent ce qu’ils ont de meilleur.
En feuilletant « Viva o Brasil ! », d’emblée, on sait à quelle famille Xavier Roy appartient : Nenri Cartier-Bresson, Bouba, Bernard Plossu, les « photographes de rue », ceux qui vont à pieds, dans les villes du monde entier, à la rencontre des hommes. Comme Henri Cartier-Bresson, Xavier Roy est attentif aux lignes et cherche à capter l’instant décisif.
Qu’elles divisent l’image comme les panneaux d’un retable ou les barreaux d’une échelle, les lignes organisent la composition, elles ordonnent le chaos du monde. Dans le cadre ainsi découpé, tout semble à sa place.
Au Brésil, cependant, les lignes elles aussi s’adoucissent, elles s’incurvent, elles ondulent : ce sont les courbes que dessinent les mosaïques sur les trottoirs de Rio de Janeiro, celles que tracent le méandre d’une rivière, le contour d’une avenue ou la crête des dunes.
C’est le dos rond du Pain de sucre dont un pêcheur répète la courbe, le temps d’un lancer de filet. Mais saisir l’instant décisif, au Brésil, ce n’est pas seulement fixer l’évanescence d’un geste, la fugacité d’un reflet ; ce n’est pas seulement capter ces moments insolites ou drôles, où l’on voit deux cyclistes prêts à s’envoler au bout d’un essaim de ballons, ou cet autre qui fait s’élever une nuée d’oiseaux dessinée sur un mur.
Au Brésil, capter l’instant, c’est surprendre l’irruption du religieux dans la banalité du quotidien. Un ange à boucles noires traverse la rue ; une jeune mère se retourne, son enfant dans les bras, et tend au photographe le visage paisible et lumineux d’une Vierge métisse. Ici, le Christ est partout. Il est absent de la croix, c’est vrai, au pied de laquelle un garçon fait un saut périlleux.
Mais c’est pour revenir bientôt au milieu de la brume dans une image qui donne au Rédempteur mille fois photographié toute la beauté et l’étrangeté d’une apparition ou dans l’ombre d’une église, derrière une cabine de verre, présence fragile qui veille discrètement sur la rue qu’on voit par la porte ouverte. Il y a enfin de la saudade dans le regard de Xavier Roy, ce sentiment si brésilien.
Elle se lit, bien sûr, dans ces visages rêveurs, appuyés sur un bras ; mais elle est surtout dans le style même du photographe, qui voit le Brésil et nous le montre comme on ne le voyait plus.
Au milieu des images brutales dont les média nous abreuvent, les photographies de Xavier Roy nous parlent d’un pays presque oublié, plein d’humanité et de douceur. Qu’il continue encore longtemps de promener sur ses hommes et ses femmes le regard tendre du voyageur. »
par Sébastien Roy

- Viva o Brasil !
- de Xavier Roy, Sébastien Roy







































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