Surma
Surma, de Frantisek Zvardon.
Le photographe tchèque Frantisek Zvardon, né en 1949, parcourt le monde entier et photographie les gens qu’il rencontre au cours de ses voyages. Dans le livre Surma, il nous présente ce peuple qui vit dans le Sud-Ouest de l’Éthiopie, plus particulièrement dans la vallée de l’Omo.
Le photographe Frantisek Zvardon s’est intéressé à ce peuple semi-nomade, connu pour les peintures qui recouvrent les corps des hommes et des femmes. Les plateaux labiaux, fabriqués à partir d’argile, sont destinés aux femmes seulement et sont portés par leur lèvre inférieure.
Les Surma vivent nus, et pourtant jamais ils n’apparaissent comme tel sur les photographies de Frantisek Zvardon. Les peintures corporelles, les masques, les coiffes ont une signification interne à chaque communauté. Les Surmas prennent possession de leur corps, et soulignent la conscience qu’ils en ont. Ces corps sont loin d’être oubliés, négligés, enfouis sous les tissus comme dans nos sociétés occidentales.
La démarche de Frantisek Zvardon est toute particulière, puisque elle ne rejoint absolument pas le mythe du bon sauvage, qui implique souvent un ton quelque peu condescendant de la part du photographe. Les Sumas dégagent une beauté qui leur est propre, à qui Frantisek Zvardon rend hommage. La différence culturelle qui sépare le peuple du photographe s’est pas sujette à la dissection, à l’explication trop assurée. Cette différence est acceptée comme telle, et elle est mise en valeur. Les pigments naturels qui ornent ces corps souligne la matérialité et la temporalité de celui-ci.
Dans une recherche constante de l’esthétisme, les Surma se parent, ornent et remodèlent leurs corps sous le regard de Frantisek Zvardon. Les cinquante photographies contenues dans l’ouvrage Surma se répondent les unes aux autres dans des dispositions en doubles pages. Les couleurs des pigment associées à la peau noire créent des images presque picturales, mises en valeur par l’impression grand format de l’ouvrage.
Cet ouvrage traduit une expérience visuelle pure, dépourvue de discours ou de jugement de valeur. Le spectateur est libre de se forger une impression à partir de ces images fortes, esthétiques.
Selon la tradition orale, les Surma seraient originaires de la région de l’Omo inférieur au nord du lac Turkana, même si leur langue fait plutôt penser à une ascendance nilotique. Ils se défendent vigoureusement de toute parenté avec les Mursi et les Meen, bien qu’ils partagent de nombreuses coutumes et qu’ils parlent la même langue qu’eux. En revanche, ils appartiennent au même groupe que les Bale, peuple de la région du fleuve Akobo, à cheval sur l’Ethiopie et le Soudan, mais s’en différencient par un point essentiel : le bétail.
par Mélanie Jourdan et par Alexandra Calame

- Surma
- © Frantisek Zvardon







































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