Seul, l’air
Seul, l’air, de Laurence Leblanc
Lauréate du prix de la Fondation HSBC 2003, Laurence Leblanc poursuit dans une silencieuse solitude une œuvre qui s’installe durablement dans le champ de la création photographique contemporaine. Nourrie d’une connaissance du médium et de son histoire qu’elle ne cesse d’approfondir, la photographe veille attentivement à ne pas disperser sa curiosité ou ses centres d’intérêts en multipliant les clichés et les approches. Si elle publie, expose et diffuse régulièrement ses travaux, Laurence Leblanc, membre de la galerie et de l’agence VU, fait du temps de l’observation et de la maturation un allié sûr.
Depuis ses premières recherches au Cambodge, pays et culture avec lesquels elle entretient une relation particulière et ancienne, jusqu’à ses travaux sur les « objets perdus », on trouve sous la plume des observateurs et critiques un florilège d’adjectifs qui tentent, sans y parvenir complètement, de définir son travail : effacement, impressionnisme, finesse, discrétion, mélancolie, vibration, onirisme. Si tous ces qualificatifs désignent à juste titre la subtile manière de Laurence Leblanc et le trouble que génèrent ses photographies, ils brouillent parfois le sens de sa démarche.
Car Laurence Leblanc incarne un des rares exemples d’une photographie qui procède prioritairement de la retenue. Chez elle, l’acte photographique se construit par imprégnation progressive du sujet et de son environnement, et l’épreuve qui en résulte est à son tour le fruit d’une élaboration minutieusement construite. Extrêmement attentive à la violence du monde et au chaos des destins, elle dépouille son regard de toute curiosité documentaire, qu’elle sait traiter par d’autres, pour se concentrer sur ce qui ne se voit pas : le mutisme d’une douleur ancienne, la texture d’un regard absent.
Évoquant certains de ses portraits le réalisateur Rithy Panh écrit : « Ses images ressemblent à des âmes. Le flou n’est pas flou, le grain n’est pas grain, la vie n’est pas exactement la vie, ce n’est pas la mort et j’aime qu’on m’emmène sur cette petite bande de territoire. » Canalisant le flux des émotions premières, ne cédant pas aux impératifs de l’hypervitesse, elle s’attache à photographier le « dépôt » qu’un événement, un paysage ou un visage ont laissé durablement en elle. Seul l’air, titre inspiré par référence au fameux poème de Pablo Neruda, est une traversée intime de l’Afrique, notamment de la Somalie et du Congo, mais aussi de Cuba, du Brésil et de Madagascar. On y découvre, comme revisitées, certaines plaies du non développement et de l’indifférence.
« Que peut faire un pays qui mange, se lave, aime dans ses poubelles ? » écrit-elle à propos de Freetown où elle accompagne les missions d’Action contre la faim et aussi, par le truchement d’une maîtrise complexe de la lumière et de la couleur, des instants fugitifs, des portraits suggérés, qui déchirent les représentations conventionnelles des visages rencontrés et des lieux traversés.

- Seul, l’air
- de Laurence Leblanc
« En acceptant la subjectivité de tout regard, on échappe à la prétention prométhéenne de restituer le réel », note l’écrivain Simon Njami dans son introduction à l’ouvrage. Ni métaphore, ni abstraction, l’Afrique de Laurence Leblanc est une tentative aboutie de translation visuelle d’une perception qui toujours s’échappe mais pourtant persiste.
To live till death is not easy (Vivre jusqu’à la mort n’est pas facile) : cette phrase, saisie sur une toile de tente d’une banlieue de ville africaine, sert d’exergue à l’exposition qui accompagne la publication de l’ouvrage.







































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