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Rubrique : Bettina Rheims

I.N.R.I.

Publié: 16 avril 2005 à 15h11 Bettina Rheims Albin Michel Éditions Consulté 6884 fois

I.N.R.I., de Bettina Rheims, Serge Bramly

I.N.R.I.

 

Ce livre, tiré de l’expo réalisée avec beaucoup de moyens (plus de 200 figurants, deux ans de travail) est une pure merveille de sensibilité, de recherche spirituelle, m’a laissé complètement hagard. La religion revisitée avec cette touche de provocation ne choque que les esprits étriqués et puritains. Ni complaisant ni raccoleur, ce travail titanesque est une oeuvre sans pareille, qui a connu un succès énorme à la MEP (maison europ. de photo) et a d’ailleurs été créée pour cette occasion. Je vous conseille vivement de vous plonger dans l’univers à la fois magique et glauque de Bettina Rheims. Ce livre n’a rien d’un pamphlet antireligieux, au contraire.

Il cherche à "rajeunir" le mythe de Jésus-Christ en le replaçant dans un cadre contemporain, selon le discours éculé suivant : si Jésus-Christ naissait maintenant, ça ne serait pas dans une étable mais dans un garage crasseux, dans un pays sous-développé ; il serait mis à l’asile, etc... Les photos utilisent les codes classiques de la peinture religieuse : le sang qui coule, les yeux révulsés, les visages lisses de "saintes", etc..., en les transférant du médium de la peinture (oû ils font déjà sourire, et le plus souvent bâiller), à celui de la photographie oû ils deviennent franchement ridicules. Imaginons, pour comparer, "Le boeuf écorché" de Rembrandt mis en scène et photographié en couleur dans un abattoir. Cela serait répugnant et ferait, au mieux, une publicité pour l’alimentation végétarienne.

Ce livre n’est donc pas volontairement antireligieux, mais du fait de l’utilisation de la photographie en couleurs, il rejoint involontairement (?), l’imagerie sulpicienne ; il fait éclater le ridicule de la représentation classique des scènes de l’histoire "sainte", et ce ridicule déteint sur le contenu. Et ce d’autant plus qu’il adopte "l’esthétique" de la publicité, de la photo tape-à l’oeil, du cinéma misérabiliste ou gore, assaisonnée d’une grande louche de mièvrerie (je sais, c’est au second degré). Il risque de donner des idées à ceux qui voudraient bâtir un Disneyland religieux. (Cela viendra certainement. Il existe aux USA des petits musées de cire religieux, certains même emploient des figurants pour mettre en scène le "péché" !)

Si ce livre est antireligieux, c’est de manière détournée. A noter également, le contexte de cette parution : la préparation du jubilée catholique de l’an 2000, qui a "justifié" l’aide publique. On peut donc lire ce bouquin de deux façons : D’une part comme une contribution à la propagande cléricale qui va déferler à l’occasion du jubilée. Cette propagande aura de nombreux volets : - politiques : les repentances publicitaires, les falsifications historiques ont déja commencés, relayées malheureusement par certain ministre de notre République réputée laïque ; les béatifications pleuvent (on parle même de béatifier Pie XII, suite logique de celle de Stepinac) ; - traditionalistes : rénovation du patrimoine religieux, expositions d’art réputé "sacré" publicifiées à la télévision, - modernistes : réactualisation du mythe de Jésus-Christ ("la fable de Jésus-Christ" comme a dit un pape de la Renaissance, voir le livre de G. Fau).

Cet ouvrage s’inscrit dans cette dernière catégorie. On n’y trouve aucune mise en question du mythe, mais plutôt un syncrétisme avec d’autres mythologies : le Nouvel-Age (Jésus-Christ est montré en hippie blond et niais, barbu avec une chevelure d’au moins dix ans), tiers-mondisme (décors de villages écrasés sous le soleil, comme dans Buàuel ou Chirico, le style en moins), la pauvreté esthétisée (qui insulte les millions de victimes du capitalisme ultralibéral), l’antiquité de pacotille (dans le style péplum).

Mais une seconde lecture est possible. En utilisant le langage graphique de la publicité, de la photo dite "d’avant-garde" et surtout racoleuse (couleurs crues, piercing, vêtements de vinyl, parfaitement compatible avec une esthétique sulpicienne), de la mode la plus artificielle et la plus inmettable, il contribue à la digestion commerciale du mythe dans le grand trou noir de la non-culture actuelle. Non-culture qui encombre les librairies, les ondes, les écrans et pollue l’environnement et les esprits. Si le message est, au premier degré, conforme à une vision modernisée des textes "sacrés", le médium ravale ce message au niveau des contenus qu’il véhicule couramment. McLuhan n’avait pas tort !

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de Bettina Rheims - Serge Bramly

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  • Langue : Français
  • Éditeur : Albin Michel
  • Date Parution : Octobre 1998
  • Reliure : Relié
  • Pages : 217
  • Dimension : 25 X 29 cm
  • Poids : 1757 g
  • ISBN-10 : 2226094628
  • ISBN-13 : 978-3882435740
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