Exodes
Exodes de Sebastião Salgado
« Exodes » montre les vastitudes de la Terre, parcourues de lignes de fuite, routes et sentiers véhiculant des foules en mouvement : des perspectives ouvrant sur de lointains horizons barrés de campements de fortune, de camions et de trains à l’arrêt ; des forêts denses, des arbres immenses, oû des groupes humains cherchent un hypothétique répit. La dynamique de la fuite, de la migration, de la déambulation passe par les croisements secs des diagonales.
La halte appelle au contraire la fermeture du cadre par des arrière-plans de voiles, d’écrans, des enchevêtrements de lignes denses, des réseaux de branchages ou de barbelés, la masse compacte d’une colline. L’adéquation de la forme et du sujet n’est à aucun moment prise en défaut. Le style de Salgado, garant de cette cohérence, demeure reconnaissable entre tous.
Pendant six ans, Sebastião Salgado a parcouru plus de quarante pays, travaillé au milieu des fugitifs et réfugiés, effrayés, humiliés et démunis, sur le bord des routes, dans les camps ou les taudis des grandes villes.
Pris dans l’étau de ces conditions misérables, tous ont accepté d’être photographiés pour faire connaître leur détresse. Ce sont des images en noir et blanc qui révèlent l’instinct de survie, la dignité de ces autres qui portent les stigmates des souffrances, des incertitudes et du désespoir ou saisissent un moment tragique, dramatique ou héroïque d’une existence individuelle.
Pour Salgado, dans cette grande saga, « des centaines de millions d’êtres humains ont rompu avec la stabilité millénaire de la fixation communautaire et sont en pleine mouvance vers d’autres destinées ». Formidable plaidoyer pour les populations déplacées et les accueillants, Exodes, en 360 images, sans fioritures, s’efforce d’impliquer le regard du spectateur-lecteur dans cette modernité inquiétante.
L’image chez Sebastião Salgado n’est pas dérobée par un voyeur/voyageur pressé elle résulte de la prise de position lucide d’un observateur. La situation du spectateur s’en trouve notablement modifiée, et la relation qui s’établit entre lui et ce réel représenté relève alors d’une véritable maîtrise, d’une authenticité du regard. Le contenu émotionnel n’est pas évacué, mais différé. Le photographe donne à penser avant tout sa propre présence au sein du milieu oû il s’est immergé.
À l’instar d’une démarche scientifique, l’observateur est partie prenante de l’expérience, en maîtrise les dérives possibles. Lorsqu’il choisit de traiter un sujet, de construire un reportage, Salgado établit un programme fonctionnant sur le long terme, s’immerge au sein de situations complexes, qu’un reportage borné à la surface de l’événement ne saurait épuiser ni même entamer. Toutes ses images attestent d’une connaissance précise des lieux, d’une relation de proximité avec les êtres.

- Exodes
- de Sebastião Salgado







































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