Michael Kenna : rétrospective
Michael Kenna : rétrospective, de Michael Kenna, Anne Biroleau
Avec l’exposition à la BnF consacre photographe anglais Michael Kenna. Il y a aussi ce livre/catalogue que nous montre la puissance toute de son style reconnaissable entre tous, la liberté de sa vision et le raffinement de ses somptueux tirages argentiques.
Michael Kenna, issu d’une famille catholique d’origine irlandaise, est né en 1953, à Widnes (Lancashire), petite ville industrielle du nord ouest de l’Angleterre.
En 1977, il se rend aux Etats-Unis, où la vie de la photographie a quelques longueurs d’avance, et s’installe à San Francisco. Il y devient l’assistant de Ruth Bernhard (1905-2006) dont il effectue en partie les tirages. Il reconnaît en elle la seconde influence importante sur son travail photographique.
Michael Kenna nous propose davantage un voyage en photographie qu’un travail documentaire sur les pays visités ou sur les problèmes de l’environnement. L’aspect documentaire y est largement transcendé, il n’en demeure pas moins que ses images offrent à chacun l’occasion de s’interroger sur le rapport de l’homme à la nature et sur les fondements culturels de la notion de paysage.
Michael Kenna a toujours privilégié le noir et blanc. Le format modeste des épreuves, 20 cm x 20 cm en moyenne, peut surprendre. La tendance n’est-elle pas à la photographie de paysage en très grand format et en couleur ? L’adéquation entre la dimension de l’image, la forme de regard qu’elle induit et la compréhension intellectuelle qu’elle permet, revêt évidemment une grande importance.
« Plus c’est petit, mieux c’est » déclare Kenna. Il désire que le regardeur entretienne avec l’image une relation intime, qu’afin d’en saisir la finesse et les détails, il la contemple au plus près. La photographie, chez Michael Kenna, n’est pas seulement prise en compte du monde et présentation du réel.
La dimension temporelle, trop souvent mesurée à l’aune de l’instantané retrouve ici l’importance fondamentale qu’elle avait à la naissance du médium. Il est tentant de rapprocher certains temps de pose pratiqués par Kenna de ceux qui permirent à Nicéphore Niépce de fixer le « point de vue » de la fenêtre du Gras, ou de ceux pratiqués par Atget.
Des temps de pose de plusieurs minutes à plusieurs heures, des prises de vues nocturnes ou réalisées à la lumière atténuée de l’aube ou du crépuscule, engendrent des contrastes de texture et de matière, qui, autant que la qualité de ses tirages aux sels d’argent et le raffinement de ses virages, constituent la signature de son style. Il en naît une qualité intemporelle et une parfaite homogénéité visuelle qui permettent à ses oeuvres anciennes et récentes de voisiner harmonieusement. Une narration paysagère s’offre ainsi à la libre imagination des spectateurs.

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